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7.03.2010

UNE ROUTE INOUBLIABLE

Mes amis(es),

il y a un peu moins de 3 ans, je commençais mes cours au CFTR de St-Jérôme dans le but de devenir camionneuse. Travailler sur la route était un rêve qui m'habitait depuis très longtemps. Et après 7 ans d'invalidité, d'hospitalisations et de réflexions, j'avais enfin fait le choix de prendre des risques et de tenter ma chance.

J'ai dû surmonter quelques obstacles à l'école parce que mes quintes de toux reliés à la fibrose kystique posaient plusieurs problèmes. Mais j'ai tout de même réussi chacun des modules avec succès et j'ai su me démarquer même si ce retour à l'école me demandait de sacrifier toute l'énergie que je possédais.

À la fin de mes cours, je me rendais chez TransWest, la compagnie que j'avais toujours convoité. Je rencontrais Yvan Domingue et Paul Coupal qui m'annonçaient, malgré de petites erreurs pendant mon roadtest, qu'ils m'ouvraient les portes au sein de la compagnie et ce, grâce à ma volonté et ma soif d'apprendre.

Aujourd'hui, après deux ans et demi sur les routes de l'Ouest, je dois quitter mon emploi en tant que camionneuse. Bien que je me sois surpassé, la longue route m'a épuisé et l'impact de la fatigue accumulé sur ma santé m'oblige à me retirer. L'efficacité de mon système immunitaire s'est affaiblit et mes capacités pulmonaires ont chuté. Un long moment de repos s'impose et puisque les poumons ne se regénèrent pas, un retour dans le transport par camion est peu probable.

Je savais dès le départ que mon expérience sur la route ne serait que de courte duré. Mais j'ai quand même choisi de risquer ma santé pour réaliser mon rêve. Le désir de m'accomplir et de faire quelque chose de ma vie qui allait me rendre fière était si fortement présent que je refusais de le négliger. J'en avais assez d'avoir l'impression d'être victime de ma maladie. Je voulais devenir une gagnante.

Malgré le fait que je dois maintenant faire le deuil du plus beau métier qui soit, je considère avoir gagné la bataille et réalisé avec succès le défi de vivre la route. J'ai fait mes preuves, j'ai donné mon 100%, j'ai travaillé avec amour et j'ai touché au bonheur à chaque kilomètre que les roues ont franchis. Aussitôt que je mettais le pied dans le camion, qu'un seul moment m'importait. Le moment présent.

Je n'oublierai jamais le plaisir que me procurait les défis constants de la route. J'ai pris mon temps pour accomplir chacune des taches qui m'étaient donné pour goûter à chacun de leurs aspects. Chaque lettre dans mon logbook était dessiné tel un oeuvre d'art. Chaque manoeuvre représentait un défi pour lequel j'essayais toujours de me surpasser. Je voulais toujours plus de virages, plus de courbes, plus de montagnes et même de reculons. Chaque arrêt me donnait l'opportunité de pratiquer ma délicatesse. Je voulais toujours en faire plus car je refusais de croire que l'amélioration avait ses limites. Je voulais être la meilleure.

J'aimais l'adrénaline que me procurait la conduite d'un camion. Je vivais constament un ensemble d'émotions que je trouvais palpitant. Évidement, il m'arrivait d'être fatigué et d'avoir moins de patience. J'étais bougonneuse par moment. Je concentrais donc mes efforts à travailler mon humeur et j'apprenais forcément à mieux me connaitre. Les routes fermés, les tempêtes et l'attente sont passé de stresseur à des moments de ressourcement pendant lesquels je cherchais à apprécier tout ce qui se trouvait autour de moi.

La route m'a apprise à voyager léger. Elle m'a apprise à me libérer de mes colères, de mes inquiétudes, de mes peurs afin de faire place au bonheur. Car le bonheur, selon moi, est toujours présent à l'intérieur de nous. Il faut simplement être à l'écoute de soi-même pour savoir de quelle façon il nous est possible de le cueillir. Apprendre à se connaitre, c'est apprendre à exploiter au maximum chaque instant qui nous fait sentir bien.

En ce qui me concerne, j'ai puisé mon bonheur dans chacun des imprévus face aux forces de la nature qui sont d'une puissance absolument remarquables. Dans les cactus de l'Arizona, dans le vert de l'Oregon, dans les buses de l'Alberta. Dans les vents de l'Oklahoma et les tempêtes du Nebraska. Dans les chevaux et les antiloppes gambadant en toute liberté au travers le Wyoming. Même dans le gris de l'Ontario et dans le traffic de l'Illinois. Je prenais plaisir à rester courtoise même si parfois, c'était un travail exigent. J'avais besoin de savoir que j'avais eu une bonne influence sur l'harmonie de la route. J'ai un respect énorme envers tout ce qui m'entoure et je considère avec sincérité que ce respect m'a été rendu.

En ce qui concerne l'avenir, malgré une philosophie qui me tient à coeur, demain me fait trembler. Je me sentais vivante et forte derrière le volant d'un gros camion. Mais, de mon lit d'hôpital, je ne saurais en dire autant. Néanmoins, je vais demeurer opportuniste et ambitieuse en espérant de trouver un métier ou un passe-temps qui saura combler le manque de la route. Je ne crois pas être en mesure d'assouvir mes envies de rouler à nouveau vers l'Ouest mais les souvenirs que j'en garde sont d'une beauté grandiose et j'ai l'intention de m'y appuyer pour affronter les obstacles à venir.

(suite du message à venir...)

6 commentaires:

RICKY68 a dit…

Vraiment très beau.....Laches pas ma jolie Sophie,je sais que tu trouveras la force de rebondir.J't'oublie pas...xxxx

Le Train De La Nuit a dit…

Touchant récit, Sophie.

Et merci pour le commentaire que tu as laissé chez nous. Tu m'as ému...

À bientôt. Et comme j'ai dit, ma porte t'es ouverte en tout temps.

Fred a dit…

Beaucoup de courage à toi Sophie. Ne lâche pas, tu es forte mais préserve toi quand même.
C'est Drôle mais j'ai parfois l'impression de me retrouver dans bien des passages de ton récit.
Je pense a toi.

camionneuse a dit…

Sophie, tu es une grande philosophe. Tu mets des mots sur les sentiments, ce n'est pas donné à tous, continue de nous partager tes histoires, j'y puise une source d'inspiration.

Sandra

La Belle Louve a dit…

un jour.. une philosophe.. virginia satir m'a fait beaucoup réfléchir sur le sens de ma vie.. et cette petite phrase courte m'a donner l'espoir de réussir ma vie et accepter ce que l'on ne peux changer.. cette phrase est: JE SUIS MOI ET JE SUIS OK...-Virginia Satir.

Sophie, tu es toi.. et tu es ok.. chaque moment de ta vie sont a toi. soit ok avec..

Bravo! tu est aller au bout de ton reve.. et tu sais.. comme l'ange blanc dans 5'2-80 000livre a dit dans le documentaire.. c'est beau un reve.. mais c'est bien mieux quand t'es d'dans!.. bien tu l'a appliquer a ta vie.. mais continue, ne lache pas. faut continuer de rever. ce sont les reves qui dévellope l'espoir.

je te souhaite Bonne Chance pour la suite;)

AeternA a dit…

Gros merci... j'apprécie vos commentaires et vos encouragements. Ils motivent à faire un pas vers l'avant car sans l'aide des gens qui m'entourent, de près ou de loin, mes yeux seraient plus embrouillés et la marche serait beaucoup plus haute... xxxx

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